Devenir une femme puissante, devenir un homme fragile

28 Jan 2017 | Investigations, Réflexions

La bonne nouvelle, c’est que pour devenir une femme puissante, il n’y a rien à faire du tout ! Le féminin est puissant, c’est sa nature. As-tu déjà remarqué cela ?

Quand la toute petite fille, sachant à peine marcher, s’avance avec détermination vers son nounours préféré, comme mue par une énergie invisible. Quand ton amoureuse, te fixant d’un regard transperçant, te dis calmement, mais avec fermeté : « Tu ne dois pas douter ». Quand tu découvres avec surprise la force cachée en ta maman sensible, lorsqu’elle fait soudainement face, sans flancher, à la mort de son propre père. Quand ta grand-mère, malgré tous les tourments que la vie lui a fait traverser, continue de t’offrir son sourire confiant, immuable.

N’y a-t-il pas une force intérieure, une ressource infinie, logées au cœur de toutes ces femmes ? Un élan indicible, qui, à moment précis, émerge à travers un regard profond ou un mot percutant ? Voilà la puissance du féminin.

Quant à l’homme, il ne s’agit pas vraiment pour lui de fragilité, mais plutôt de douceur. Il me fallait un titre racoleur, tu vois, pour attirer le lecteur pressé, pour faire le buzz !

Mais là encore, la bonne nouvelle, c’est que pour devenir un homme doux, il n’y a rien à faire ! Car, ce qui s’imposa à moi voici quelque temps, c’est justement que le masculin est doux, car c’est sa nature.

As-tu déjà remarqué, au hasard d’un voyage dans l’une des nombreuses contrées non occidentales, comment le masculin, loin de se montrer viril ou agressif, se révèle être tout doux ? Le masculin, c’est le petit garçon dans la cours de récréation, qui, sans hésitation, offre tout son goûter à son copain qui avait faim. C’est le jeune homme duquel émerge spontanément les mots amusants et légers qui font rire et détendent. C’est le vieux sage dont la présence englobe ceux qui l’entourent d’une bienveillance apaisante, presque palpable. Voilà la douceur du masculin.

Alors, à ce niveau, une précision s’impose. Ce dont je parle ici, ce n’est pas vraiment de l’homme ou de la femme, mais du féminin et du masculin, en tant que principes élémentaires. C’est le yin et le yang de la philosophie chinoise, le féminin sacré et le masculin sacré des écrits spirituels, l’anima et l’animus de Carl Jung, etc. Ce dont je parle ici, ce serait en quelque sorte le principe féminin et le principe masculin, les matériaux de base, à l’origine de la conscience, à l’origine de l’être.

En général, à travers le corps d’une femme, le féminin aura tendance à s’exprimer plus facilement, tandis que le masculin s’exprimera plus spontanément à travers le corps d’un homme. Mais, en regardant bien, on constatera qu’en chaque personne, une part masculine et une part féminine s’expriment à tour de rôle, dans un ballet incessant, une part pouvant avoir tendance à se manifester plus que l’autre.

Ce que je décris ici, c’est tout simplement ce que je ressens au plus profond de moi, lorsque je regarde les hommes et les femmes qui m’entourent, droit dans les yeux. C’est ce qui m’apparait, plus ou moins clairement, en regardant l’autre avec le cœur, en cherchant à poser mon attention, non pas sur le corps, la personnalité, mais sur la conscience et la présence cachées derrière.

Pourtant, si le féminin est puissant par nature, si le masculin est doux par nature, comment se fait-il que cela n’apparaisse pas de façon plus évidente dans la vie quotidienne ? Pourquoi ce que l’on qualifie de masculin, en général, c’est la virilité, la force, voire l’agressivité ? Et pourquoi le cliché du féminin se trouve être la fragilité, la faiblesse, voire la soumission ? Et bien je crois que la cause de ce malentendu, c’est la peur, tout simplement.

Les hommes et les femmes ont peur, et cette peur dénature l’expression pure et spontanée du féminin et du masculin. Le masculin et le féminin, les vrais, émanent de l’enfance, de l’innocence, ils émergent naturellement de la candeur et de la simplicité. Puis, au fur à mesure que la peur s’installe, ils se dénaturent, jusqu’à se retrouver complètement parodiés et tordus dans l’adulte. Alors, aliénés par la peur, ils ont perdu de leur fraîcheur, le puissant féminin est devenu frêle, et le doux masculin est devenu rude.

Dans une société ou l’extraversion est la norme, la part féminine n’est pas mise en valeur. À tel point que le féminin perd confiance, commence à prendre peur, à se croire inférieur, fragile et vulnérable.

Croyant avoir besoin du masculin pour parvenir à exister en ce monde, le féminin tentera de s’appuyer sur le masculin pour être rassuré. Puis, oubliant complètement ce qu’il est, pris dans le jeu, voilà que le féminin se proclamera représentant de la fragilité. Dans d’autres cas, en réaction, il se verra au contraire tenté de singer le masculin. Il s’agitera, dénoncera le cliché, criera haut et fort, dans l’espoir de se faire entendre pour enfin exister.

Pourtant, si le féminin fragile n’est qu’une parodie du féminin, le féminin revendicateur n’est que le déni du féminin, tandis que dans les deux cas, le véritable féminin, lui, aura été étouffé. Car le véritable féminin n’a besoin de rien ni de personne, il existe par lui-même. Il n’a rien à revendiquer, il est l’origine, il est la source.

Face au néant qu’il croit voir en lui, ne parvenant pas à trouver sa part féminine et puissante, l’origine de ce qu’il est, le masculin se sent vide et prend peur. Alors pour fuir le néant, pour masquer sa faiblesse, il gigote et se trémousse. Se sentant creux, il tentera, par la virilité, d’attirer à lui le féminin qu’il rencontre à l’extérieur. Terrifié par le néant, il voudra tout contrôler, au point même d’en arriver à l’agressivité.

Pourtant, en le regardant bien, droit dans les yeux, tu vois nettement la fragilité du masculin viril. Tu vois l’illusion de la force, l’illusion du contrôle, pilotées par la peur. Un petit enfant terrorisé, caché sous des gros muscles. Au fond, si ce masculin viril essaie d’amener à lui, de contrôler, c’est pour tenter de conquérir le féminin qu’il ne trouve pas en lui.

Mais ce masculin est un masculin malade, un masculin qui souffre. Cela n’a rien à voir avec le véritable masculin, c’est l’opposé du masculin ! Car le véritable masculin, s’appuyant sur sa source intérieure, n’a plus rien à attirer, n’a plus rien à contrôler. Il n’a plus qu’à rire et à donner.

Être féminin, c’est être présent, intensément. C’est cet état d’observation et d’acceptation, cet état d’accueil de tout ce qui vient à soi avec le même amour. Si le féminin était un objet cosmique, il serait un trou noir qui aspire et absorbe tout ce qui se trouve autour.

Être féminin, c’est faire confiance, jusqu’à s’abandonner. C’est prendre le risque de se montrer vulnérable, sans faux-semblants. À le considérer trop vite, on pourrait croire que le féminin est passif. Mais, en réalité, le féminin est l’élan à l’origine du mouvement. Il est la perception qui précède l’action, le silence qui précède le rugissement, la pause qui précède le bondissement. Oui oui, le féminin, c’est vraiment puissant !

Mais cette puissance n’a rien à voir avec l’idée de force ou de contrôle. Le féminin n’a besoin d’aucune force, il n’a besoin de rien contrôler du tout, il est déjà la puissance elle-même. En électricité, la puissance est la quantité d’énergie délivrée par unité de temps. En féminité, la puissance est la quantité de présence délivrée par unité de temps, c’est l’entière expression de la pleine conscience. Le féminin n’a besoin de rien ni de personne pour exprimer sa puissance. Il n’a même pas besoin du masculin, car il précède le masculin. Il constitue l’état originel qui existe de lui-même.

Lorsqu’une femme est authentique et simple, c’est la puissance qui émerge d’elle, spontanément, et cela se sent. Mais combien d’entre elles le savent ? Alors voilà, devenir une femme puissante, c’est simplement laisser s’exprimer ce que tu es déjà. Cesser de chercher à être féminine, cesser de vouloir être forte, simplement être telle que tu es déjà, et la puissance s’épanouit.

Être masculin, c’est donner sans cesse, avec bienveillance. Le masculin est le mouvement qui émerge du féminin. Le féminin accueille en lui, le masculin donne. L’action douce et légère du masculin prend appui sur la profondeur et la puissance du féminin. La force du masculin repose sur la puissance du féminin, sans quoi elle n’est que l’apparence d’une force. Si le masculin était un objet cosmique, il serait un trou blanc, de l’autre côté du trou noir, duquel jaillit tout.

Quand le masculin comprend qu’il est un mouvement, qu’il ne possède rien, qu’il n’est que l’expression sans cesse mouvante de la vie, il cesse de vouloir devenir quelqu’un, de prouver quelque chose, ou d’impressionner. La peur s’estompe, et sa fragilité ou sa virilité se transforment en douceur. Une douceur qui s’en va recouvrir le monde. Pour un homme, plus la féminité est acceptée, c’est à dire la capacité à être à l’écoute, ouvert, dans l’accueil et l’humilité, plus le masculin véritable, agréable, doux et amusant, pourra s’exprimer.

Tandis que le féminin va de l’extérieur vers l’intérieur, se laissant traverser par le monde, le masculin va de l’intérieur vers l’extérieur, il agit. Il est l’évidence qui naît de la présence ; l’intention, la parole, l’action, qui découlent de la perception. Et ce mouvement masculin est spontanément doux, aimant et bienveillant. Être masculin, cela revient à dire « je t’aime », sans arrêt, de toutes les façons possibles, avec humour et légèreté.

Ce masculin pourrait donner l’illusion de la faiblesse et de la fragilité. Mais il est en réalité inébranlable, car il ne se prend pas au sérieux. Il ne peut que rire ! Rire de son apparente force, rire de ses gros muscles, rire de ses poils, rire de son sourire de tombeur. Il est d’une légèreté déconcertante ! Cela n’a rien de viril, n’est-ce pas ? Pourtant, c’est sacrément masculin !

Alors voilà, sous l’emprise de la peur, le féminin et le masculin s’animalisent. Se sentant incomplet, le masculin a besoin d’impressionner, de contrôler, pour se sentir exister. Il devient viril, agressif. Se croyant faible, incomplet, le féminin a besoin d’être rassuré, d’être protégé. Il devient passif, soumis. Parfois, au contraire, pour se sentir exister, le féminin en arrive à parodier la parodie du masculin.

Pourtant il n’y a aucune inquiétude à se faire pour le féminin en toi qui souffre, pour le masculin en toi qui souffre, ni pour la femme fragile à tes côtés ou pour l’homme agressif à tes côtés. Il n’y a rien à modifier, il n’y a rien à corriger, car si tu regardes bien, de la façon la plus objective et attentive possible, au delà des apparences et des comportements automatiques, le féminin en toi, en lui ou en elle, est déjà puissant ; le masculin en toi, en elle ou en lui, est déjà doux. Il n’y a qu’à faire confiance, se détendre, et la véritable nature du féminin et du masculin émerge. Débarrassés de la peur, le masculin s’exprime avec humour, le féminin s’exprime avec confiance. Être féminin c’est cesser de réagir, être masculin c’est se mettre à agir.

À l’intérieur de toi, c’est un ballet sans fin, une danse entêtante : ton féminin accueille, ton masculin donne, et ainsi de suite. Entre deux amoureux, entre deux inconnus, c’est la même danse : le masculin propose, le féminin choisit, et ainsi de suite. Et les rôles s’inversent.

Et lorsque le regard du féminin se fait profondément présent, calme et confiant, son intensité est telle qu’il transperce le masculin. Alors, sidéré, le masculin tombe amoureux du féminin. Face à la puissance du féminin, il n’est d’autre option pour le masculin que de tomber raide amoureux.

Puis, lorsque le regard du masculin se fait joyeux, doux et proposant, il advient un moment où il embrasse tout le féminin de sa bienveillance. Alors, amusé, le féminin se laisse tomber amoureux du masculin. Face à la douceur du masculin, on ne peut que craquer, c’est irrésistible. Ah, l’amour…

Et puis un jour, pouf, on devient androgyne ! Mais ça, c’est une autre histoire…

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