Amour ou attachement ?

3 Avr 2016 | Investigations

Cette semaine-là avait été chargée en émotions. Des pensées de toutes sortes tournaient autour de cette jeune femme que j’aimais, qui n’était pas là, que je n’allais peut-être plus jamais voir. Mon esprit était très agité. Sachant que tous ces états d’âmes finiraient tôt ou tard par se dissiper, j’essayais de me maintenir dans le présent en observant passer la tempête. Soudain, alors que j’observais, je perçus quelque-chose de nouveau. Comme l’impression très claire, non seulement d’avoir toujours connu cette jeune femme, mais encore plus, d’être cette jeune femme. “Je suis elle et elle est moi”, me suis-je surpris à penser. Pas physiquement bien-sûr, mais à un autre niveau, plus subtil.

Peu à peu j’ai pris conscience : si elle est moi, si je suis elle, si nous sommes la même chose, comment pourrions nous être séparés ? Pourquoi tant de tristesse ? Si je suis elle, si elle est moi, mes expériences ne sont-elles pas aussi les siennes ? Rester joyeux, ne serait-ce pas la meilleure chose que je puisse faire pour elle ? En quelques jours, la tristesse, l’agitation et le doute laissèrent place à la joie, au calme et à la confiance. Aussi étonnante que pouvait être cette prise de conscience, elle avait provoqué en moi un changement radical, qui se maintint plusieurs semaines durant. C’est l’une des signatures de la réalité : les pensées et l’imagination tombent dans l’oubli sans laisser de trace, mais la perception de la réalité provoque des changements durables et parfois radicaux.

Cette impression s’est accompagnée de l’évidence que cette identité, ce sentiment d’être la même chose, c’était cela le véritable amour entre elle et moi. Le véritable amour ? Mais le manque ressenti lorsqu’elle était loin, le plaisir ressenti lorsqu’elle était proche, cette sensation d’être attaché à elle ? Ce n’était pas ça, l’amour ? J’ai compris à ce moment que l’attachement, et toutes les émotions agréables ou désagréables qui lui sont liées, n’est en fait qu’une pâle version de l’amour.

Voici une façon d’illustrer ce qui différencie l’amour et l’attachement. C’est comme deux doigts d’une même main qui tomberaient amoureux. Ils se rencontrent, c’est le coup de foudre. Les voilà déjà qui commencent à s’attacher, à créer des liens pour rester proches et collés l’un à l’autre. Ils pensent vivre l’amour. Pourtant, s’ils prenaient le temps de regarder de l’autre côté, à l’intérieur d’eux-mêmes, ils constateraient qu’en fait, ils font déjà un avec l’autre ! Ils sont déjà liés par leur essence commune ! Voilà le véritable amour !

L’attachement, c’est rechercher l’amour à l’extérieur et nouer des liens pour maintenir l’autre auprès de soi. Mais l’attachement est constamment mis à l’épreuve par les mouvements de la vie, il est impermanent, les liens sont fragiles. L’amour véritable ne peut pas être créé, entretenu ou rompu. Comment créer ou rompre un lien entre deux choses qui sont en faite la même chose ? L’amour véritable est notre essence commune, il existe au-delà de notre volonté, de nos désirs, ou des circonstances de la vie. Contrairement à ce que l’on croit, l’amour ne serait donc pas un sentiment qui émergerait du corps ou cerveau ? Il précéderait plutôt toute autre manifestation, même la plus matérielle ? Tu peux prendre conscience de cette réalité, ici et maintenant, en observant à l’intérieur de toi.

Pourtant, si l’amour est ce qui existe avant tout le reste, comment se fait-il qu’on le prenne en général pour une propriété émergeant de notre corps et de notre cerveau ? Si l’amour est différent de l’attachement, comment se fait-il qu’il nous paraisse inconcevable d’aimer sans attachement ? C’est peut-être que, dans le monde qui nous entoure,  l’amour ne se montre pas directement. Il est au delà de ce que l’on voit, et se projette devant nous sous des formes simplifiées. Nous sommes ainsi habitués à ne voir que ces versions simplifiées de l’amour véritable. A notre niveau, l’ocytocine, l’hormone de l’attachement, serait l’expression sociale de l’amour. Au niveau cellulaire, les réactions biochimiques engendrant le plaisir et le désir seraient l’expression biologique de l’amour. Au niveau moléculaire et atomique, les forces d’attraction seraient l’expression physico-chimique de l’amour.

L’amour existerait avant toute chose, et l’attachement, le plaisir, le désir, les forces d’attraction, en seraient des projections, des versions simplifiées, au niveau de notre réalité ! En regardant à l’extérieur de moi, je ne peux qu’observer les versions simplifiées de l’amour, et je prends l’attachement pour l’amour. En observant à l’intérieur de moi, je constate de plus en plus clairement que je suis intimement lié aux autres, à tel point qu’un moment arrive où je constate qu’en fait je suis l’autre. À ce moment-là, l’évidence se suffit à elle-même : cette sensation d’identité, voilà le véritable amour, l’amour est notre essence commune !

Voici une autre façon d’illustrer ce qui différencie l’amour et l’attachement. L’attachement serait comme l’ombre de la Lune projetée sur la Terre lors d’une éclipse. De même que l’ombre de la Lune n’est pas la Lune elle-même, l’attachement n’est pas l’amour lui-même. Pourtant, de même que l’ombre de la Lune est une projection de la Lune, qui ne pourrait exister sans la Lune, l’attachement est une projection de l’amour, qui ne pourrait exister sans l’amour. Enfin, de même que l’ombre de la Lune est le négatif, l’opposée de la Lune, l’attachement est le négatif, l’opposé de l’amour. L’ombre n’est pas l’objet, elle est pourtant apparentée à l’objet, tout en étant son opposé. De même, l’attachement n’est pas l’amour, il est pourtant apparenté à l’amour, tout en étant son opposé.

Voilà toute la difficulté à laquelle nous sommes confrontés. Si l’on regarde vers l’extérieur, on voit l’attachement et on le prend pour l’amour. On en déduit que l’amour c’est ce qui rapproche, ce qui colle, ce qui lie. Mais cette version de l’amour est en fait l’opposée, le négatif de l’amour ! Si l’on regarde vers l’intérieur, on constate au contraire que l’amour véritable est ce qui dénoue les liens ! Car, comment être triste et vouloir retenir l’autre lorsque l’on comprend que l’on ne pourra jamais le perdre ? Pourquoi s’encombrer d’attachements qui finiront par faire souffrir, lorsque l’on ressent au plus profond de soi que l’on est l’autre ? Contre toute attente, à l’opposé de l’attachement, l’amour véritable est un feu dévorant qui brûle les liens, il est une lame affutée qui tranche les liens !

L’attachement c’est les entraves, l’amour véritable c’est la liberté. L’attachement engendre la souffrance, l’amour véritable libère de la souffrance. L’attachement c’est la peur, c’est l’ombre de l’amour.

Pourtant, il ne s’agit pas de rejeter l’attachement. Il n’est ni bon ni mauvais, il est simplement l’un des éléments de ce monde : il y a la gravitation, il y a le désir, il y a l’attachement. Il y a donc dans ce monde des choses qui s’attirent et se collent, des personnes qui s’attirent et s’attachent, et c’est ainsi. Il ne s’agit pas de rejeter l’attachement, mais plutôt de changer de point de vue, pour prendre conscience de ce qu’il est, et de ce qu’il n’est pas. Lorsque tu prends conscience que l’attachement est l’ombre de l’amour, alors tu ne peux plus être dupe. Tu peux vivre l’attachement, mais tu ne le prends plus au sérieux, et la souffrance qui lui est nécessairement associée t’affecte de moins en moins !

L’amour véritable, serait-ce de savoir que l’on ne se reverra peut-être jamais, que l’on ne se connaît peut-être même pas, et que pourtant, cela n’a aucune importance, car nous sommes la même chose toi et moi ?

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