Déclaration d’amour inconditionnel

24 Août 2016 | Lettre, Réflexions

Coucou,

En gros, je voulais te dire que je t’aime. Je t’aime, mais en fait je t’aime vraiment. C’est à dire que je t’aime sans vouloir que tu sois un peu plus comme ceci, ou comme cela. T’accepter, comme tu es maintenant, c’est t’aimer vraiment, non ? J’ai trouvé ça plutôt pratique d’ailleurs. Car depuis que je n’ai plus rien à essayer d’améliorer en toi, je dois dire que je gagne un temps fou ! J’ai bien plus de temps pour ne rien faire, et aussi pour t’aimer vraiment.

Un jour, j’ai découvert un concept vraiment chic, c’est le concept d’amour inconditionnel. J’ai été séduit par cet amour-là, car il m’est apparu comme évident. Aimer vraiment, c’est aimer sans conditions, n’est-ce pas ? Et moi, je veux t’aimer vraiment, comme un enfant. En y réfléchissant un peu, je me suis rendu compte que si je voulais t’aimer sans conditions, il allait falloir t’aimer même quand tu es loin, même le jour où nous serons séparés, même le jour où tu aimeras quelqu’un d’autre, même le jour où je serai mort. En toute logique, aucune condition spatiale ou temporelle ne doit pouvoir s’opposer à l’amour inconditionnel que j’éprouve pour toi. Sinon, l’amour devient conditionnel, et ce n’est plus vraiment l’amour.

La bonne surprise, c’est qu’à force de m’observer moi-même, j’ai fini par constater que je n’ai rien à faire de particulier pour t’aimer de cette façon. J’ai découvert qu’il y a parfois en moi ce que j’appelle maintenant l’amour, qui est inconditionnel et éternel, et il y a parfois en moi ce que j’appelais avant l’amour, mais que j’appelle maintenant le désir, l’attraction, l’attachement. Quand le désir, tout affolé, prend le contrôle de mon corps, je le regarde un peu s’amuser, et je rigole. Je sais qu’il ne fait que passer, et je sais que mon amour pour toi est bien plus que cela. Quand je me concentre sur mon thorax, je constate parfois une sensation de paix et de complétude, l’impression d’évidence et d’éternité. Je me sens fusionné avec toi, comme si nous étions la même chose, et là, je sais que c’est l’amour. Je n’ai rien à faire, c’est comme ça.

Mais je dois aussi t’annoncer autre chose. Tu t’en doutes peut-être, si je t’aime de façon inconditionnelle, si je t’aime sans aucune condition, alors mon amour pour toi ne dépend plus de toi. Si je t’aime vraiment, profondément, éternellement, alors j’aime aussi n’importe quelle autre personne. Si je choisis d’être piloté par l’amour conditionnel, le désir, l’attachement, alors je n’aime que toi, mais mon amour est fragile. Si je choisis, au contraire, d’être piloté par l’amour inconditionnel, mon amour envers toi n’aura pas de fin, je donnerai tout pour toi, mais cet amour sera aussi orienté vers tous les autres. Le choix de l’amour est un choix radical, sans demi-mesure. D’ailleurs, depuis que j’ai fait ce choix, tu l’as peut-être remarqué, tout part en sucette !

C’est curieux, n’est-ce pas ? Je ne peux plus t’aimer comme avant. J’en suis arrivé à constater récemment que plus je t’aime, moins je veux te voir. Plus je t’aime, plus je te sens en moi, plus je sais que je ne peux pas te perdre. Tu ne me manques pas, je n’ai pas besoin de toi. Quand tu es en face de moi, nous sommes ensemble, et quand tu es loin de moi, nous sommes ensemble. Il se pourrait même que, mon amour pour toi étant si fort, tu deviennes la personne que je vois le moins, la personne dont je m’occupe le moins. Car tu es en moi, de façon si sûre et si concrète.

Ce qui est assez étonnant, c’est que cette impression d’être la même chose que toi, est non seulement comparable à ce que l’on raconte dans les trucs spirituels, mais aussi tout à fait cohérente avec ce que l’on raconte dans la physique quantique ! L’idée de l’illusion du temps et de l’espace, l’idée de n’être qu’une seule et unique chose, qui se manifeste sous différentes formes. C’est un peu ça, le point de vue où tout devient la même chose, le point de vue qu’on pourrait appeler l’absolu, la réalité ultime. Ah, il faudra vraiment que je fasse un schéma quantique de l’amour dans mon blog. Tu lis mon blog, au fait ?

Mais le pire, figure-toi, c’est quand je me suis rendu compte que si je veux vraiment t’aimer de façon inconditionnelle, je dois non seulement aimer tous les autres, mais aussi m’aimer moi-même, tel que je suis. Si nous ne sommes qu’une seule chose, t’aimer, réellement, revient exactement au même que d’aimer n’importe quelle autre personne, ce qui revient exactement au même que de m’aimer moi-même, réellement ! T’aimer d’un amour si fort, si inconditionnel, serait donc tout à fait égocentrique.

Après toutes ces réflexions, j’étais sur le point d’écrire une lettre d’amour à moi-même, en toute logique, quand j’ai finalement repensé à toi. Je me suis dit qu’il était bien plus fun de déclarer ma flamme à cette version de moi qui est toi, pour me dire que je t’aime.

Bisous !

Lénaïc

Pin It on Pinterest

Share This